Médecin des astronautes, un métier « rare »Rencontre avec Brigitte Godard, Médecins des Astronautes, en poste à Cologne, qui nous raconte son parcours, son métier…

Comment devient-on Médecin des Astronautes ?

La première des choses est bien sûr d’avoir un diplôme de médecine ! Mais c’est loin d’être suffisant. Il est primordial d’être passionné, d’avoir un parcours universitaire puis professionnel qui aille dans ce sens et de se donner les moyens d’y arriver. Il faut également bien connaitre l’environnement « spatial » et ses caractéristiques bien spécifiques pour pouvoir comprendre les changements observés sur le corps humain. Pour ma part, je me sentais « destinée » à ce type de carrière et depuis mes études jusqu’à aujourd’hui mes choix ont toujours été orientés par l’envie d’atteindre l’objectif de travailler dans le milieu spatial certes, mais plus encore dans l’univers restreint des astronautes. Si je n’étais pas astronaute (ce qui fut longtemps un rêve) il fallait au moins que je travaille avec eux ! Mon diplôme de médecine en poche, j’ai d’abord exercé en tant que médecin généraliste. Puis, pour me rapprocher du spatial, j’ai complété ma formation par un DEA dans le laboratoire de Perception de la physiologie et de la perception de l’action du Pr Berthoz à Paris. J’ai aussi eu la chance de réaliser un vol parabolique permettant d’expérimenter les quelques secondes d’impesanteur. Je me suis ensuite spécialisée en biologie médicale et après quelques années de travail au sein de divers laboratoires, la porte du spatial s’est réellement ouverte pour moi lorsque j’ai rejoint le MEDES, à Toulouse en 2005, pour renforcer l’équipe médicale en raison d’une étude d’alitement prolongé. J’ai eu la chance d’occuper différentes fonctions au sein de MEDES, médecin chargé de recherche clinique fut la principale mais aussi participer à de nombreuses études de télémédecine ou à la dernière sélection des astronautes européens pour enfin rejoindre l’équipe dans laquelle je suis en place aujourd’hui au Centre Européen des Astronautes.

 

Parlez-nous du métier, en quoi il consiste ?

« Médecin des astronautes » n’est pas forcément un terme approprié, car nous ne sommes pas leur médecin au sens littéral du terme. Il faut en fait distinguer deux phases dans notre travail.

La première phase concerne le suivi d’un astronaute quand il est assigné à une mission spatiale proprement dite. Ces missions sont de plus en plus nombreuses depuis l’implication de l’Europe dans la station internationale avec en moyenne un astronaute Européen séjournant à bord de l’ISS par an pour une longue durée soit 6 mois. Pendant cette phase nous avons alors la charge de notre astronaute depuis 1 an avant son vol jusque 6 mois après son retour. Cependant nous ne réalisons pas directement ses consultations médicales. Celles-ci sont faites par un médecin de la DLR (Centre de recherche national Allemand de médecine spatiale et aéronautique). Ce médecin réalise tous les examens nécessaires pour le vol et de notre côté nous nous assurons que cet état est compatible avec un vol en micropesanteur. Nous sommes là pour nous assurer de la parfaite santé de l’astronaute pour voler mais également de ce qu’il faut faire pour maintenir sa santé et qu’elle ne se dégrade pas pendant le vol ou à son retour sur Terre. Nous supervisons également tout ce qui pourrait être nocif à l’astronaute. Nous pouvons par exemple lui déconseiller un type d’exercice ou de participer à certaines activités scientifiques en raison de son état de santé. Nous pouvons également lui conseiller une alimentation plus adaptée à son métabolisme.

Si nous ne le rencontrons pas régulièrement en dehors des missions spatiales, nous sommes par contre son référent médical pendant les vols. Une conférence hebdomadaire médicale privée avec lui nous permet d’évaluer son état de santé. Nous analysons avec lui certaines données médicales clés qui permettent de refléter sa bonne forme physique et psychologique. Ces phases sont très intenses. Ill faut en effet être sur le qui-vive, capable de comprendre, d’analyser et de trouver des solutions à distance à chaque situation que l’on peut rencontrer.

La deuxième phase concerne un travail plus « administratif » quand nous ne sommes pas en charge d’un astronaute en mission. Nous participions en effet à de nombreuses réunions avec des équipes internationales pour discuter ensemble des nouvelles modifications à apporter pour améliorer notre diagnostic, prévention et thérapeutique dans cet environnement spatial spécifique. Ces périodes sont aussi l’occasion de poursuivre notre formation médicale et de nous tenir informer des dernières avancées en médecine ou science ce qui est absolument capital pour assurer le meilleur suivi à nos astronautes. Nous continuons également notre activité de suivi des astronautes par un examen annuel qui va lui permettre d’obtenir ou non le certificat d’aptitude pour son travail.

 

Seulement 3 personnes eu Europe occupent cette fonction. C’est donc un métier à part ? Quel est votre ressenti par rapport à cette position ?

Je suis bien consciente que c’est une chance d’exercer dans un tel milieu et de réaliser le travail de « ses rêves ». C’est extrêmement enrichissant, car c’est une « médecine de pointe », que peu de médecins sont amenés à exercer. De plus, il s’agit d’un travail international qui nous permet de rencontrer régulièrement tous nos partenaires, la NASA, JAXA, FSA. Contrairement à un médecin classique, nous avons peu (très peu !) de patients. Par contre, ces quelques patients vont nous occuper à plein temps. Par ailleurs, c’est un métier amené à évoluer et c’est formidable de faire partie de l’aventure. Suite à la dernière campagne de recrutement effectuée par l’ESA, la plupart des prochains astronautes à s’envoler dans l’espace le feront pour la première fois, ce sera donc un challenge à relever ensemble. Moi qui ai toujours rêvé de voir la Terre depuis le hublot d’une station spatiale, à défaut de pouvoir le faire moi-même, je suis ravie de pouvoir accompagner les astronautes en place à le faire du mieux possible, en préservant au maximum cette chose qui nous est si précieuse, la santé…